Histoires vécues

L’histoire de Tran Tho Phuoc

Last modified on 2010-02-24 15:45:30 GMT. 0 comments. Top.

Tran Tho Phuoc, a passé 14 années sur les planches d’un lit, derrière une maison, sous un plastique qui le protège de la pluie et du soleil. C’est là que nous l’avons trouvé. Nous avons donc évalué sur place les possibilités d’une rééducation. Une méningite à l’âge de 19 ans. Depuis, la vie s’est arrêtée. Il plie un peu les jambes, il bouge deux doigts de la main droite. Des escarres monstrueuses mais fermées. On a pu l’asseoir. Phuoc a pu lire une phrase, et il a réussi à écrire la première lettre de son nom : T. Moments très forts. Mais pour lui aussi, une prise en charge par le Fonds « Parrainez un traitement de Physiothérapie » nécessite des conditions très précises. D’une part, l’indigence du patient et de sa famille, et surtout nous insistons sur ce que deviendra le patient APRES son traitement. Il faut que notre prise en charge physiothérapeutique et financière apporte au patient un mieux concret et durable, une indépendance qui peut être relative, mais définitive. Pour ce dernier patient, toutes les conditions ne sont pas encore remplies.

Phuoc n’a pas été hospitalisé au Centre de Rééducation. Le plus beau cadeau que nous lui avons fait, c’était de le convoquer au Centre pour une consultation avec le Directeur. Mettez-vous à sa place: que diriez-vous d’un tour en xé-loï après 14 ans de lit ! C’est de la science fiction ! Imaginez Phuoc, plié en deux dans une charrette à deux roues, tirée par une moto, le transport courant que nous empruntons tous les jours. Il est arrivé béat ! Mais, le chemin du retour était plus amer, ce jeune homme retournait dans son lit, sous sa toile de plastique pour 14 nouvelles années. Une physiothérapeute vietnamienne diplômée vient depuis ce jour une à deux fois par semaine pour le préparer à l’asseoir dans une chaise roulante.

L’histoire de Quang My Phuong

Last modified on 2010-03-08 20:22:33 GMT. 0 comments. Top.

Quang My Phuong, c’est l’histoire terrible d’une chinoise. Une femme n’est pas grand chose au Vietnam, mais une femme qui ne marche plus, qui ne cuisine plus et qui ne peut plus donner un garçon à son mari: ce n’est plus une femme, c’est une chose encombrante qu’il faut nourrir parfois. Phuong était cette chose encombrante que nous avons été voir par surprise un après-midi. Nous étions Géraldine, Diana, Thuy notre interprète et moi-même. Un médecin de l’Hôpital Général nous avait demandé de nous occuper de cette patiente qui voulait réapprendre àmarcher. Le premier pas était de lui dire qu’elle ne remarcherait jamais, mais que nous pouvions mettre en place une rééducation pour acquérir une bonne indépendance en chaise roulante. Nous l’avons trouvée dans la maison de ses beaux-parents. C’était une chose pitoyable à voir, sans forme, sans âme. Une année à la maison. Aucun contact avec sa petite fille de trois ans qui était présente. Et puis notre terrible nouvelle est tombée sur la famille comme un couperet: Phuong ne marcherait jamais. Nous sommes ressortis complètement bouleversés.

Dans la rue, les vendeurs de boulons, de chaînes rouillées, de pièces de moteurs usagés criaient. La chaleur tapait. On ne savait plus comment sortir de ces ruelles oxydées qui puaient la graisse et le fer. Vendredi, après 12 jours de physiothérapie, Phuong est une autre femme. Il y a encore un gros travail à faire mais on sait qu’elle s’en sortira…et puis il faudra lui dire aussi qu’elle pourra encore avoir un petit bébé.

L’histoire de Nhú Ÿ

Last modified on 2010-02-24 15:45:08 GMT. 0 comments. Top.

Nhú Ÿ n’a pas pu rentrer au Centre à cause d’une plaie infectée après une appendicectomie au Nhi Dông. C’est un enfant tétraplégique post méningite. Nhú Ÿ bouge un peu les poignets. On pourrait lui apprendre à manger seul. Tourner les pages d’un livre.

Quand il est parti, après 21 jours de rééducation, il a dit cam on, (merci). Il n’a rien dit d’autre. Les médecins lui avaient dit qu’il ne vivrait que 3 ans… puis ils ont dit 7 aux parents. Il était atteint d’une myopathie. Il avait de la peine à bouger la chaise que nous lui avons donnée. Quelques mètres peut-être. Ses bras n’étaient pas assez forts. Il était très triste quand il est parti.

L’histoire de Duong

Last modified on 2010-04-01 08:24:33 GMT. 1 comment. Top.

Il y a aussi l’histoire de Duong, un petit enfant paraplégique qu’on est venu nous apporter un soir à la maison, avec un xé-loï. Un Xé-loï c’est une petite charrette à deux roues tirée par une moto. C’est une sorte de taxi fréquemment utilisé à Can Tho. Duong a commencé sa rééducation le 10 janvier. Traumatisé médullaire haut avec une incontinence urinaire et anale. Deux ans à la maison comme un sac de riz. Des rétractations très sévères aux hanches et aux genoux.  Le sort deDuong est beaucoup plus incertain. Nous nous efforcerons durant un premier mois à travailler sur les rétractions en vue d’une indépendance de marche, possible avec un appareillage adéquat et des bras bien musclés. Après un mois de rééducation, nous discuterons des possibilités de rééducation avec une chaise roulante.

Duong quittera le Centre le 31 mars et nous irons le visiter chez lui lors de la première quinzaine d’avril. J’aimerais que nous y allions tous ce jour. Nous partirons sur le Mékong en petites barques. 80 petits bateaux, peut-être pour vous prendre tous avec moi. Et tous ensemble nous arriverons chez Duong, au bord d’un petit canal, dans une paillote de bambou et de feuilles de palme. Duong ne marche toujours pas…mais il vole ! Je l’ai vu au Centre, sur une petite chaise roulante sportive que nous avions trouvé d’occasion pour 600 000 dôngs, il était là à faire des tours, courir à droite, sauter à gauche, c’était un enfant comme les autres. Plus beau que d’autres à cause de son sourire. Je l’ai vu tout nu se baigner vers le puits, je l’ai pris en photo et il rigolait avec sa maman. Alors je me suis dit que j’avais bien fait de venir au Vietnam.

Lettre de la Maman de Thuong

Last modified on 2010-02-23 10:14:09 GMT. 0 comments. Top.

Lettre de la Maman de Thuong après son hospitalisation

Can Tho, le 26 janvier 2000

Monsieur,

Je m’appelle Dao Thi Thuy, mère de Thuong.

Pendant que Thuong était dans ce Centre, vous l’avez beaucoup aidé. Moralement, vous veniez lui rendre visite et le contempler, ce qui m’a tellement touchée. Il marche de plus en plus fermement sur ses béquilles. Vous lui avez apporté le sourire rayonnant. Matériellement, vous avez payé la nourriture, c’était tellement gentil de votre part. Que votre cœur est grand ! Vous lui avez rapporté la vie et à moi, l’espoir. Votre aide, jointe au dévouement du Centre, du médecin comme du thérapeute, m’a fait sentir très chanceuse.

Je ne sais pas comment vous exprimer ma reconnaissance. Je vous remercie beaucoup et sincèrement. Vous avez apporté un grand bonheur à ma famille.

Si vous me permettez de rentrer, où que je sois, je vous serais reconnaissante à jamais. Je garderai au fond de mon cœur votre grande gentillesse.

Enfin, je vous souhaite bonne santé et bonne réussite dans vos activités humaines.

Respectueusement.

La mère de Thuong
Dao Thi Thuy

Le Petit Thuong

Last modified on 2010-02-23 10:14:56 GMT. 0 comments. Top.

L’histoire du petit Thuong est un peu votre histoire. Elle est notre histoire, parce qu’en quelque sorte, nous avons fait son histoire. Vous qui me lisez en ce moment, vous qui aviez un jour versé 10.- francs suisses sans savoir vraiment pourquoi, vous, toi, moi, qui étions tous sur le chemin de Thuong, nous avons fait cette histoire là.

Thuong est un petit enfant du Delta du Mékong. Et comme c’est le cas pour beaucoup d’enfants du Delta du Mékong, ses parents vivent de la culture du riz. De longues rizières vertes qui se perdent à l’horizon. De longues rizières vertes qui font rêver…sauf ceux qui les cultivent.

Mais le destin de Thuong est différents des autres enfants. Il y a une année, Thuong avait alors 4 ans, il a eu la poliomyélite.

Depuis il ne marche plus. C’est un enfant de 5 ans qui ne marchera jamais avec ses jambes. Ses parents ont vendus toutes les rizières pour acheter des médicaments. Mais Thuong ne guérissait pas. Il a été plusieurs mois à l’Hôpital Traditionnel, par petits séjours successifs, quand les parents retrouvaient un peu d’argent. On lui a fait des massages au rouleau, du Yumeiho (massage énergétique), de l’acupuncture, des mobilisations passives … et Thuong ne marchait toujours pas.

A l’Hôpital Traditionnel de Can Tho, il a rencontré Marc. Marc, le « Kinésithérapeute du Monde » (ONG française), travaillait depuis plusieurs mois au Vietnam. C’est lui qui a dit pour la première fois à la maman de Thuong que son fils ne marcherait jamais sur ses jambes. Il a mentionné alors le nom de Can Tho PHYSIO 2ooo. Et c’est ainsi que j’ai connu Thuong à l’Hôpital Traditionnel à la fin du mois de novembre 1999.

Thuong était merveilleux parce qu’il était un enfant, et qu’un enfant porte la lumière du monde. Un enfant de la rue, un enfant qui pleure, un enfant sans ses jambes, un enfant aveugle, un enfant de la guerre porte toujours un morceau de lumière et c’est dans cette lumière que nous autres, les adultes, puisons notre force et notre espoir.

Thuong était un enfant très triste, mais un enfant de lumière, surtout avec Marc. Puis les choses ont été très vite. Can Tho PHYSIO 2ooo allait prendre en charge toute la rééducation de Thuong, hospitalisé avec sa mère dans un Centre spécialisé de la ville, soit 37 000 Dôngs par jour (frs.3.70), à savoir (par jour) :

Hospitalisation et rééducation : 1.50
Nourriture pour deux personnes : 2.00
Déplacements du père les week-ends : 2.00
La visite Médicale d’Entrée : 0.50
Les Attelles : offertes par une Fondation Américaine

Le 7 décembre, Thuong commençait sa rééducation. Le 10 janvier, lors d’une visite au Centre, j’ai vu soudain Thuong arriver vers moi, tout seul, avec ses attelles et ses béquilles, un immense sourire illuminait son visage. C’est ce sourire que j’aurais aimé vous envoyer à chacun de vous. Un sourire pour vous dire merci, un sourire pour vous dire qu’à l’autre bout du monde, vers les rizières d’Asie, un petit garçon a recommencé à marcher tout seul. Il ne courra jamais, mais il vivra debout avec ses copains. Il ne travaillera pas dans la rizière, mais il pourra aller à l’école…peut-être pourra-t-il travailler dans un bureau. Thuong poursuivra sa rééducation jusqu’au Têt, le Nouvel An vietnamien, le 5 février prochain.

Thuong est rentré chez lui. Il a quitté debout la grande famille du Centre de Rééducation. La lettre (p.12) que nous avons reçue de sa mère nous dit quel impact a eu cette prise en charge sur la vie d’un petit garçon.. Il sait que jusqu’à ses 18 ans, il pourra contacter Can Tho PHYSIO 2000 pour l’adaptation de ses orthèses. Nous parlons de 2013…il ne faut pas l’oublier et nous devons rester solidaires jusqu’à cette date!