Newsletter 4

Newsletter 4

Last modified on 2019-01-05 14:55:41 GMT. 0 comments. Top.

Deux mois déjà se sont écoulé depuis les dernières nouvelles! Alors voici quelques nouvelles fraîches de Mahajanga (« fraîches » parce qu’ici c’est l’hivers! Bon je vous rassure le thermomètre ne descend jamais en dessous de 20 degrés)!

De nombreux patients qui viennent tous les matins au dispensaire pour leur prise en charge de kinésithérapie. Actuellement, le nombre reste stable avec environ 8-9 patients par jour ce qui me permet aussi de prendre un peu plus de temps pour chacun d’eux. Je dirais que le rythme de travail actuel est vraiment agréable.

Lors de la première période de stage en juin, le responsable de la filière des kinésithérapeutes est venu sur le terrain faire une visite afin de découvrir le dispensaire puisque c’était la première fois que Aina Vao accueillait des étudiants en kinésithérapie. Avant son départ, il m’a demandé si j’étais d’accord d’aller donner un cours sur la kinésithérapie respiratoire aux étudiants de dernière année à Tana. En fait, ils ont déjà eu une base avec un professeur qui n’est pas spécialisé dans le domaine et les étudiants ont eu beaucoup de peine à comprendre la matière. De plus, il leur a enseigné des techniques anciennes qui ne s’appliquent actuellement plus. Personnellement, le défi me tentait bien et c’est avec grand plaisir que j’ai accepté de le relever sans vraiment savoir exactement ce qui allait m’attendre. En fixant la date, nous nous sommes mis d’accord sur la première semaine d’août, ce qui me laissait que 2 semaines pour tout préparer. Alors il fallait que je me mette sérieusement au travail
sans trop attendre parce que le délai était très court! J’avoue que je me rendait pas trop compte tout le travail que cela me demandait… pour finir il y a eu quelques heures de préparation nocturnes!
Et c’est avec un sac rempli de matériel et avec les copies des diapositives pour les 19 étudiants que je suis partie à Tana pour accomplir ce nouveau défi! Pendant cette semaine, j’ai fait la connaissance d’étudiants qui étaient vraiment très studieux et attentifs. C’était un réel plaisir d’être leur professeur! Pendant ces 5 jours, nous avons vu les sujets suivants:
– l’anatomie, la physiologie et les pathologies du système respiratoire
– le bilan et le traitement de kinésithérapie respiratoire pour les enfants et pour les adultes
– l’enseignement thérapeutique
– les situations d’urgences
– et les méthodes de kinésithérapie respiratoire qui ont été validées scientifiquement par des études.

Au terme de cette semaine intensive, les étudiants ont préparé un petit verre d’amitié pour clôturer le cours. Pour les récompenser, avec l’aide du responsable de la filière, nous leur avons préparé une attestation de suivi de cours qu’ils ont été très fier de recevoir! C’était touchant de les voir si heureux! Une photos de groupe avant de les quitter… enfin pas pour tous puisque deux d’entre eux sont « retournés » avec moi à Mahajanga pour effectuer leur mois de stage dans le service de kinésithérapie du dispensaire Aina Vao!

                         

Pendant leur stage, je me suis donnée la peine de leur transmettre le plus possible de connaissances pratiques mais aussi combler les lacunes théoriques afin que ces futurs professionnels auront toutes les clés en main à la fin de leurs études pour prendre en charge les patients. Alors à côté de la pratique, nous revoyons quelques éléments de théorie certains après-midis. Fidelco et Hezekia sont très contents de pouvoir effectuer leur stage au sein d’Aina Vao. Ils ont aussi exprimé leur souhait de postuler pour le poste toujours ouvert. Je vois dans les 4 étudiants que j’ai eu en stage vraiment beaucoup de potentiel, des personnes qui aiment leur métier et qui s’engagent auprès des patients. Je me dis que j’ai de la chance de pouvoir côtoyer des personnes avec une motivation si contagieuse!

Concernant le recrutement justement, les étudiants que j’en encadré pendant leur stage sont en train préparer leur dossier de postulation. Même si j’aurais préféré trouver quelqu’un plus tôt, je suis contente enfin de savoir que le service de kinésithérapie pourra continuer à offrir des soins à la population de Mahajanga. Je vous avoue que c’est un poids en moins sur mes épaules. Il reste encore un grand point d’interrogation à résoudre, comment encadrer ces futurs professionnels dans leur débuts alors que je serai de retour en Suisse au moment de leur engagement à Aina Vao. Faut-il trouver un autre volontaire? Est-ce qu’avec l’aide des nouveaux moyens de communication (sykpe, mail,…) cela pourrais suffire? Bref toutes ces questions sont en réflexion dans ma tête et je vais les partager avec le conseil de fondation du dispensaire qui se réunira fin septembre.

Grâce à l’aide précieuse des étudiants, j’ai pu considérablement augmenter le nombre de prises en charges neurologique avec le nouveau suivi mis en place (enseignement aux proches des patients). Actuellement ce sont 24 patients qui bénéficient de ce suivi avec pour certains un suivi chaque semaine à domicile. Je suis très contente parce que ma liste d’attente ne possède plus que 3 noms! Pour vous donner un aperçu de ce nouveau système de prise en charge, je vais vous décrire l’histoire de Martine. Cette situation est non seulement la plus complète mais aussi la plus créative puisque j’ai dût vraiment me creuser la tête pour trouver des solutions pour cette fille si lourdement handicapée. Et pour se rendre à son domicile c’est toute une aventure puisqu’elle habite en brousse (ce qui veut dire « campagne » en malgache, en en bon vaudois cale veut dire un endroit très perdu)!

          

L’histoire de Martine:

Un jour, un bénévole français travaillant dans une association qui soutient des familles en brousse m’a demandé si je pouvais prendre en charge Martine, une fille de 13 ans qui présente un handicap physique et mental depuis sa naissance. Cette fille a été abandonné par ses parents qui ne pouvaient malheureusement pas s’en occuper par faute de moyens financiers et elle habite actuellement avec sa grand-maman et l’association leur aide à subvenir à leurs besoins. Ils ont déjà contacté plusieurs kinésithérapeutes de passage pour prendre en charge Martine mais personne n’a accepté jusqu’à présent à cause de la distance de son lieu d’habitation. Lorsqu’il m’a décrit la situation, j’ai très vite remarqué que mon intervention auprès de Martine était indispensable mais malheureusement par manque de temps vu le nombre important de demandes pour des traitements à domicile, j’ai dût les faire attendre 3 mois avant de pouvoir me libérer! Comme on dirait en vaudois, mieux vaut tard que jamais!
Et c’est avec mon sac à dos, une bouteille d’eau bien fraîche et tout le matériel nécessaire pour l’évaluation que je me suis mise en route avec les deux responsables de l’association. Départ juste après le repas de midi du dispensaire Aina Vao parce qu’il faut absolument être de retour avant la tombée de la nuit (qui est à 18h). La première heure se fait en bus bien entendu séré comme des sardines en boîte (comme d’habitude ici à Madagascar)! Et de là, le reste du trajet se fait à pied à travers la brousse. Pour commencer, nous empruntons une route sablonneuse ou parfois, si on a de la chance, on peut croiser un camion qui va jusqu’à la gravière et qui nous prend en stop. Ce trajet sur la benne nous permet d’économiser une demi heure de marche et c’est une expérience unique de grimper dans la benne pleine de terre et de finir avec de la poussière jusqu’aux dents! S’il n’y a pas de camions, nous passons sur des chemins, plus ou moins étroits, en pleine campagne et saluons les villageois au passage qui s’étonnent ce que fait la vazaha (=banc) ici! Le trajet en entier à pied dure 1h15 en plein soleil de midi… avant d’arriver au village ou plutôt aux 6 maisons qui constituent le village. Là, tous les habitants viennent nous saluer avant que je puisse entrer dans la maison et faire la connaissance de Martine.
Le premier contact avec Martine n’était pas des plus facile pour moi. Lorsque je suis arrivée, elle était couchée sur une natte à même le sol, ses habits étaient très sale, troués, plein d’urine et surtout il y avait une quantité de mouches qui lui tournaient autour. C’était vraiment une immersion totale dans une grande pauvreté puisque je voyais bien que sa grand maman essayait de s’en occuper du mieux possible avec les moyens du bord. Il m’a fallut un petit moment d’adaptation avant de pouvoir faire
mon travail. Lors de l’évaluation, je me suis rendue compte que Martine ne tient pas assise toute seule (elle n’a pas assez de force au niveau du tronc pour y arriver seule) et du coup elle passe ses journées couchée par terre. J’ai du coup eu l’idée de lui bricoler une sorte de siège afin qu’elle puisse changer de position et qu’elle puisque prendre conscience différemment du monde qui l’entoure. Je me suis contentée de prendre les mesures afin de débuter mes bricolages dès mon retour au dispensaire. Et là, j’ai testé mes compétences d’ergothérapeute improvisée! Voici le résultat!

                  

Depuis ma première visite, je suis retournée 6 fois chez Martine afin de pouvoir enseigner des exercices de rééducation à l’une de ses voisine qui les fait quotidiennement. J’ai été touchée comme cette dame s’investi pour Martine puisqu’au bout d’une semaine déjà ses membres étaient beaucoup moins spastique (=raides)! Quel plaisir! Il m’a aussi fallu y aller à plusieurs reprises pour adapter tous les accessoires pour son siège. Cette expérience m’a permis non seulement d’aider Martine mais aussi de découvrir une partie de la vie en brousse. Et maintenant je me réjouis déjà de retourner dans un mois pour voir l’évolution de la prise en charge!

Le bouche à oreille fonctionne tellement bien que depuis 2 mois, je reçois aussi de plus en plus de prescriptions de kinésithérapie de médecins travaillant en ville. Je prévois d’aller me présenter personnellement auprès d’eux et de les inviter à une séance d’information sur le sujet suivant: « Qu’est ce que la kinésithérapie? Quel traitement pour quelle pathologie? ». Cette formation est planifiée pour le mois d’octobre.

Être polyvalente est essentiel ici à Madagascar! Cela m’amène à vivre des situations très particulières, comme celle de Francia une petite fille de 5 ans qui a dût être hospitalisée à l’hôpital universitaire pendant plusieurs jours suite à un accident. Même si je vais faire un effort pour vous décrire cette prise en charge du mieux possible, je suis sûr qu’il y a certains éléments qui vont vous paraître complètement irréaliste que cela se passe ainsi à Madagascar. Un mercredi, peu avant de se mettre à table pour partager le repas de midi, la maman et la soeur de Francia sont venus tout affolé et en pleure au dispensaire. Elles nous ont expliqué que Francia jouait devant leur maison et elle était malheureusement tombée sur la tête. Depuis elle était tout « molle » et ne répondait que très peu aux stimulations. Mieux vaut vous dire que lorsque j’ai entendu cela, j’ai déjà imaginé le pire! S’agissant d’une famille très pauvre, connu par les Soeurs d’Aina Vao, il fallait absolument que l’assistante sociale du dispensaire accompagne la famille à l’hôpital comme garantie financière sinon ils ne l’aurait pas prise en charge même que c’était une urgence! À notre arrivée, Francia était inconsciente mais respirait toujours. Alors nous avons embarqué tout le monde dans la voiture jusqu’au CHU Androva. À l’hôpital, avant que quiconque ne s’est soucié de l’état de Francia, l’assistante sociale doit leur assurer que le dispensaire prendra en charge les frais de guérison puisque la famille était dans l’incapacité de le faire. Et c’est qu’à ce moment-là qu’ils se sont occupés d’elle! Ils ont fait la prise en charge urgente et ensuite par faute de soins intensifs, ils ont installé Francia dans une chambre et c’était un membre de la famille qui devait rester constamment auprès d’elle pour la surveiller. Les professionnels venaient uniquement faire les contrôles neurologiques. Du coup, j’ai pris le temps d’expliquer à la famille qui était présente tous les signes qui devraient les alerter et qu’ils doivent signaler au médecins mais aussi qu’ils devaient la laisser en position latérale de sécurité tant qu’elle n’était pas entièrement consciente. Puis nous avons dût retourner au dispensaire avec l’assistante sociale parce que des patients nous attendaient!

En fin de journée, nous sommes retournés à l’hôpital. Francia allait déjà mieux puisqu’elle réagissait de plus en plus. Entre temps, ils ont fait une radiographie qui a montré une probable fracture du crâne avec un hématome à l’intérieur de la boîte crânienne comprimant une partie du cerveau. C diagnostic devait être confirmé en effectuant un scanner. L’appareil de l’hôpital n’étant pas fonctionnel alors nous avons dût faire cet examen dans un autre hôpital en ville. Pour cela, nous avons embarqué Francia dans la voiture accompagné de 2 médecins pour le transport. Effectivement
le scanner confirme l’hématome à l’intérieur de la boîte crânienne ainsi que la fracture du crâne mais on y découvre en plus un enfoncement du crâne à l’endroit de la fracture. Après un entretien avec les médecins, ils sont unanime et il faut opérer tout cela sans trop tarder. Il reste une place au boc opératoire à 13h le lendemain. Et là je me disait que la journée était bientôt terminée… et ben non… puisque j’ai appris qu’ici à Madagascar c’est chaque famille (en occurrence ici l’assistante sociale et moi-même) qui doit trouver tout le matériel et les médicaments qui seront nécessaire pour l’intervention chirurgicale. Au début, je pensait avoir mal compris mais non c’est bien vrai! Alors c’est à 21h30 que nous avons entamé une vrai course contre la montre, durant presque toute la nuit pour trouver d’une part le matériel qui pour la plupart n’est même pas disponible à la pharmacie de l’hôpital universitaire elle-même et d’autre part pour trouver les tubes pour les analyses préopératoires. Quelque chose d’inimaginable! Bon je connaît au mois toutes les pharmacies de gardes ainsi que les laboratoires de toute la ville de Mahajanga maintenant!!! Le lendemain matin, nous avons amené tout le matériel inscrit sur les ordonnances auprès de Francia pour que le médecin les vérifie et là il s’est rendu compte qu’il en a oublié certain dont le plus important… le canule d’intubation! Il ne nous restait que 30 minutes pour traverser toute la ville jusqu’à la seule pharmacie qui en avait en stock et revenir avant que Francia devait aller au bloc opératoire! Je vous promet que j’ai transpiré au volant! Mais heureusement que nous sommes arrivés à temps! Puis commençait les 3-4h d’opération. Cette intervention était considérée comme très risquée selon les chirurgiens! Malgré la fatigue présente, impossible de se reposer vu le stress intérieur encore présent. Mais au bout de cette attente, nous étions tous soulagés lorsque le médecin est sorti du bloc opératoire pour nous annoncer que tout s’était bien passé! Francia est restée hospitalisée encore quelques jours avant de rentrer à la maison. Elle a très bien récupéré et elle est de nouveau en pleine forme comme les autres enfants de son âge!
Pour ma part, j’ai appris beaucoup de choses sur le déroulement des prises en charges à Madagascar et je comprends mieux actuellement pourquoi de nombreux patients n’ont pas la possibilité de faire toute ces démarches par faute de moyens financiers ou d’énergie parce qu’il faut courir pour trouver tout le matériel nécessaire. Et nous avions une voiture à disposition ce qui n’est pas le cas pour la plupart des gens ici! Je pense qu’en lisant cet article, vous avez la même pensée que moi… nous avons de la chance d’avoir des soins de qualité dans notre pays et auxquels nous avons accès! Sans cette opération, je pense que Francia aurait gardé des séquelles à vie de cet accident. Heureusement que cette histoire
a une bonne fin pour elle!

 

Suite du projet ces prochaines semaines:

 Poursuite des prises en charges en kinésithérapie les matins au dispensaire
 Poursuite du recrutement d’un kinésithérapeute pour le dispensaire (récolte des dossiers et prévoir des entretiens avec les candidats)
 Poursuivre la formation pratique du personnel paramédical et médical du dispensaire qui a suivi la formation en kinésithérapie respiratoire (en octobre)
 Augmenter le nombre des prises en charge neurologiques avec le nouveau suivi (enseignement des proches) afin de supprimer la liste d’attente
 Trouver une personne qui peut m’aider dans les traductions des documents pour le service et des exercices pour les patients (en cours)
 Formation sur « qu’est ce que la kinésithérapie? » et « quel traitement pour quelle pathologie? » aux médecins prescripteurs
 Formations prévu pour le personnel d’Aina Vao: prise en charge du pied bot varus équin à Madagascar et examen clinique en neurologie
Comme vous pouvez le découvrir, le projet avance bien. Cette newsletter c’est non seulement l’occasion de vous tenir informé de l’évolution du projet mais aussi vous remercier pour votre soutien, si précieux!