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Rapport de mission de Sarah Lambert

Last modified on 2017-07-19 20:08:03 GMT. 0 comments. Top.

INTRODUCTION
Sarah Lambert est physiothérapeute, elle a plus de 23 ans d’expérience et une spécia- lisation en pédiatrie. Je tiens à la remercier pour son engagement et le travail qu’elle a effectué récemment à Can Tho. Nous connaissions déjà les points forts du Centre de Physiothérapie de Can Tho. Le principal étant tout simplement: celui d’exister après 9 ans d’activité.Mais Sarah a su mettre le doigt sur les points faibles et nous allons aujourd’hui faire tout le possible pour y remédier durant les 8 mois qui nous restent avant d’arriver en mars 2010 au 10e anniver- saire. Un large programme de formation continue à Ho Chi Ming Ville nous a déjà été proposé pour les mois prochains et nous le finançons.

MERCI
Merci Sarah, merci aux donateurs et à la revue «Mains Libres» sans qui cette évolution n’aurait pas été possible, merci à la Direction de l’Hôpital et à toute l’équipe du Nhi Dong pour leur confiance et leur capacité d’apprendre et de s’améliorer.
Stanislaw Buchs Responsable de la mission à Can Tho

RAPPORT DE MISSION DANS LE SERVICE DE PHYSIOTHÉRAPIE DE L’HÔPITAL PÉDIATRIQUE NHI DONG, CAN THO, VIETNAM.
Stanislaw Buchs m’a contactée l’été 2oo8, me demandant de passer quelque temps dans le service de physiothérapie qu’il a mis sur pied voici 9 ans. Il s’agissait d’en évaluer son fonctionnement, d’apporter mon expérience et d’orienter les améliorations possibles pour le futur.
Physiothérapeute en pédiatrie depuis plus de 20 ans, j’ai accepté, me réjouissant avant tout de partager mes connaissances et enthousiasmée par l’aventure. C’est ainsi que j’ai pu me mettre à disposition pour deux semaines.
D’emblée, j’ai refusé de donner des cours académiques n’étant pas formatrice et n’ayant aucune expérience pour cela. De nombreux enseignements et bilans avaient été déjà fournis par le passé et j’ai pensé qu’un apport pratique serait plus utile. La Doctoresse Phuong, qui encadre l’équipe des thérapeutes, en a été quelque peu déçue mais rassurée par la suite de l’aide financière promise afin que les physiothérapeutes puissent suivre des formations régulièrement mises sur pied à Ho Chi Minh Ville.
Je suis arrivée au Nhi Dong avec 3 petits ballons de traitement pour les bébés et une valise de tapes pour le traitement précoce des pieds bots.
L’équipe des thérapeutes s’est agrandie. Elle se compose actuellement de trois tout jeunes physiothérapeutes nouvellement diplômés de l’école de Can Tho: Miss Dao, Miss Anh et Mister Phuong et de trois infirmières: Miss Ngo et Madame Thuy formées par Monsieur Buchs à l’époque et Madame Sang à temps partiel.La salle est petite pour une équipe de 6 personnes. Les thérapeutes ne se déplacent quasiment pas dans les différents services de l’hôpital; ce sont les parents qui portent l’enfant hospitalisé en physio, si nécessaire. En général, 2 à 3 thérapeutes travaillent dans la salle alors que les autres sont assis à regarder.
L’hygiène reste approximative et c’est un souci récurrent relevé par tous au fil du temps: les mains, les jouets, les tapis ne sont pas lavés systématiquement.J’observe 3 bébés traités en même temps pour des problèmes pulmonaires dans une grande proximité…
Je suis frappée par l’attitude extrêmement passive de certaines; on m’apprendra plus tard que beaucoup de postes de travail sont offerts par complaisance, les compétences n’étant pas toujours ce qui motive l’accès à un emploi. Ceci explique qu’en réalité le service fonctionne avec 3-4 thérapeutes motivés. Les horaires de travail sont exotiques (7H30-11H puis 13H30-16H30), quelquefois interrompus par des activités politiques obligatoires. Les thérapeutes ne travaillent pas le week-end, malgré les enfants hospitalisés aux soins intensifs avec des pathologies respiratoires. Ceci a pu être discuté avec Dr Phuong. Avec la bénédiction de la direction, une garde a été instaurée dès mon départ. Lors de mon séjour, nous avons pu bénéficier d’une interprète bénévole quelques après-midi.

EN PRATIQUE
En survol j’ai rappelé la chronologie du développement sensitivomoteur du bébé: de l’importance de lui laisser le temps de découvrir, sentir et expérimenter, de mettre en bouche et d’explorer son propre corps, de considérer le bébé comme un tout et surtout de beaucoup observer et se poser sans arrêt les bonnes questions:

Que fait-il ?
Pourquoi ?
Comment ?
Qu’est-ce qui est normal ou pathologique ?

Ceci implique de déshabiller les enfants pour les thérapies, d’utiliser le grand miroir au fond de la salle et d’adapter chaque traitement en fonction du patient et de sa pathologie. J’en ai profité pour leur fournir du matériel simple et
d’usage courant pour stimuler les petits: brosses, éponges, bouteilles remplies de perles ou autre, tissu Vichy, pincettes à mettre sur les habits, ventouses à coller sur le miroir pour y accrocher des cibles à capturer en hauteur.
Nous avons revu ensemble quelques points concernant la physiothérapie respiratoire: ne plus pratiquer de clapping, abaisser les volumes de ventilation et quelques manoeuvres pour favoriser le drainage chez les tout petits (surtout en présence d’hernies ombilicales impressionnantes). Nous avons pratiqué le taping des pieds bots, technique indiquée dans la prise en charge précoce du nouveau-né, parfois suffisante pour traiter les malformations souples et une bonne préparation avant les plâtres ou l’intervention chirurgicale. Les tapings faits par certains jusqu’alors étaient inefficaces, voire dangereux (bandage circulaire). Nous avons discuté de la prise en charge des plexus brachial et torticolis.
Dr Phuong m’a montré la petite étude de cas qu’elle a faite de deux torticolis traités avec succès entre 2006 et 2008. Aussi
modeste soit-elle, cette initiative montre que le service de physiothérapie est à présent bien implanté.
J’ai profité de mon séjour pour remplacer le fauteuil roulant d’un ancien patient de S. Buchs, ainsi que pour faire faire de petites cannes anglaises pour enfants. Ce matériel a dû être acheminé depuis Ho Chi Minh Ville.
Les remarques de Céline et Claire, qui y ont fait un séjour de deux mois en 2007, restent d’actualité. L’inertie et la routine observées alors ont été toutefois un peudynamisées par l’arrivée des physiothérapeutes nouvellement formés, spécialement par Mister Phuong qui est extrêmement motivé.
Malgré ses efforts, la Doctoresse Phuong, responsable de l’équipe, rencontre beaucoup de difficultés à poser les bons diagnostics et à donner de bonnes pistes aux thérapeutes.
Ceux-ci, d’ailleurs, ont très peu de contacts avec les autres médecins. Peu expérimentés, mal orientés, les thérapeutes ne savent pas toujours bien que faire des patients avec troubles neurologiques qui leur sont adres- sés. La qualité des soins respiratoires est assez bonne, celle de l’orthopédie pourrait être améliorée par plus de traitements actifs. A mon avis, une meilleure connaissance des besoins de base du bébé et du jeune enfant (la majeure partie des patients est âgée de 0 à 4 ans) serait un immense apport aux traitements.
L’amélioration à apporter d’urgence se situe au niveau de la formation. Les thérapeutes suivront prochainement à Ho Chi Minh Ville un module de 3 semaines sur la physiothérapie respiratoire en milieu hospitalier, ainsi qu’un cours de 3 jours sur le traitement des enfants IMC.
Remarque: il manque à l’évidence un cours portant sur le développement de l’enfant englobant les aspects neurosensoriels, cognitifs et moteurs. Une formation de ce type serait un grand bond en avant dans la façon d’aborder tout traitement relatif à l’enfant, surtout pour ce qui est de la prise en charge des bébés. L’intervention de thérapeutes sur place est toujours bien accueillie. Je relève quand même qu’il est difficile de communiquer: la langue et la différence de mentalité sont des inconvénients majeurs. Il semble que le gouvernement encourage l’apprentissage de l’anglais par son personnel, et avec les moyens de communication modernes ces handicaps devraient peu à peu s’estomper.
Concrètement et idéalement la collaboration sur place pendant plusieurs semaines ou mois d’un(e) physiothérapeute expérimenté(e) (retraité(e) ?) en pédiatrie reste un moyen privilégié d’améliorer la qualité des soins.
Pour ma part, intervenir dans une thérapie m’a été difficile sur un laps de temps si court: mon rôle n’était pas de montrer mes aptitudes mais d’encourager les compétences de chacun, de leur donner confiance et de leur indiquer quelques nouvelles pistes à explorer.
Il y a dix ans, rien de tout ceci n’existait ! Je tire mon chapeau à Stanislaw Buchs pour ce projet abouti et qui fonctionne. La salle est là, équipée, dotée en personnel, les patients y sont traités, les traitements pris au sérieux.
Il s’agit à présent de ne pas relâcher les efforts fournis par toutes les personnes qui se sont impliquées par leur présence ou leurs dons. Il faut permettre au service de physiothérapie de l’hôpital pédiatrique du Nhi Dong d’apporter aux enfants de la région du Delta du Mékong une approche thérapeutique plus pointue.